Une ville – jardin de plus en plus dégradée.

Beaucoup de Spadois s’étonnent et s’inquiètent de constater la disparition croissante de massifs de verdure aux quatre coins de la ville. Personne ne songera à adresser des reproches à nos représentants lorsqu’il s’agit de sujets manifestement mal en point et dangereux à plus ou moins brève échéance, pour autant bien sûr que ces abattages soient suivis de plantations aux mêmes endroits et dans l’esprit des lieux. Non, ce qui hérisse les Spadois, ce sont les éliminations effectuées en prévision de projets immobiliers, les anéantissements de ce qui dissimulait précisément des constructions et aménagements disgracieux, les révélant ainsi au grand jour, les éliminations pour simple commodité personnelle, les non remplacements pour des raisons bassement démagogiques, etc., bref ces « déverdissements » insidieux  qui se multiplient et nuisent au cachet de la ville.

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A Liège, ville déjà citée pour ses initiatives en la matière, « les actions suivantes ne sont pas autorisées sans avoir obtenu un permis préalable : abattre des arbres ou des arbustes dont le contour du tronc atteint au moins 20 cm à une hauteur de 1 m à partir du niveau du sol ; abattre des haies de toutes espèces ; accomplir des actes pouvant provoquer la disparition prématurée des arbres, arbustes ou haies, par exemple en portant atteinte au système racinaire. … Cette énumération n’est pas limitative ». Voilà au moins des dispositions qui permettent de contrôler et de prévenir toute « déforestation urbaine ».

Bien plus, dans le cadre de la transition écologique et climatique, la ville de Liège, toujours elle, a lancé son « Plan Canopée ». Objectif : planter plus de 20.000 arbres à Liège d’ici 2030 ! Les Spadois n’en demandent pas tant. Si notre Perle pouvait au moins s’en inspirer toutes proportions gardées …

Dans le même ordre d’idées, il conviendrait aussi d’exiger l’entretien régulier des abords des immeubles inoccupés afin que ces anciens parcs et jardins ne servent pas d’alibi à leur propre élimination. En effet, à défaut d’un règlement communal plus contraignant que le CoDT, la protection de ces endroits et des sujets qu’ils renferment pourrait être assurée par leur inscription sur la fameuse liste « des arbres et haies remarquables de Wallonie ». Encore faudrait-il que ces vénérables ancêtres remplissent les conditions exigées pour une telle reconnaissance. Et parmi celles-ci figure précisément la suivante : être « visibles dans leur entièreté depuis un point de l’espace public ». Une nature luxuriante à l’abandon permet donc de dissimuler des trésors à exterminer ensuite rapidement et en toute impunité avant qu’ils ne soient remarqués par des observateurs de notre belle nature, inscrits sur la liste susdite, et aient de ce fait la capacité de nuire aux projets dévastateurs de certains.

Enfin, il y a les mises à jour périodiques de la liste « des arbres et haies remarquables de Wallonie ». D’après le service concerné du « Département de l’Aménagement  du Territoire et de l’Urbanisme », la dernière opération de ce genre a été entamée en décembre 2018 et la Ville de Spa n’a pas répondu dans le délai fixé … comme le mauvais élève de la classe, une fois de plus. La prochaine mise à jour débutera fin décembre 2021. Comme toute personne peut proposer au service désigné à cette fin, un arbre, un arbuste ou une haie qui présente un ou plusieurs critères pour justifier cette inscription, les Spadois épris de nature ou amoureux de leur ville auraient tout intérêt à prendre les choses en main personnellement. En ces temps troublés par la crise du Covid, ce travail indispensable est aussi une superbe occasion de découvrir ou redécouvrir sa ville. D’ailleurs, dans l’avant-propos de sa brochure intitulée « Des arbres et des hommes », Jean-Marc Monville écrivait déjà en 2005, au sujet de l’établissement d’une première liste de base en compagnie d’une bonne dizaine de personnes : « dans notre société du « tout et tout de suite » l’arbre avec sa croissance lente et paisible a quelque peu perdu le statut et la protection qu’il mérite. Malheureusement, malgré de nombreuses promesses aucun règlement communal concernant la protection des arbres n’a été ratifié par le collège échevinal jusqu’à ce jour. »

Et un architecte de paysage d’ajouter : « Il faut déminéraliser les villes ! Et planter un maximum d’arbres, partout où on peut. … Il faut cartographier ! Faire de l’urbanisme du sous-sol pour recréer de la place. … Chaque opérateur a sa propre carte, il faut les superposer, créer un mapping 3D du sous-sol et voir où il y a de la place … pour planter des arbres ! … cela va changer les villes qui sont, aujourd’hui, beaucoup trop minérales. Ce n’est bon ni pour la récupération de l’eau pluviale, ni pour les arbres, ni pour la qualité de l’air, ni pour les particules fines, ni pour le CO2, ni pour les animaux, ni pour la qualité de vie en général. … Il faut repenser les villes comme des lieux où on a envie d’habiter. … Bordeaux par exemple a énormément changé la façon de l’habiter, aussi en réduisant le nombre de voitures. Pourquoi ça commence par ça ? Parce que les voitures ont tout envahi, tout est voirie et tout est parking. Il faut moins de voitures, … Pendant le Covid, on s’est rendu compte de l’espace qu’on a quand on n’a plus ces masses métalliques. » …  (Bas Smets, dans les colonnes du « Soir » du 1er août. L’intéressé serait intervenu à La Fraineuse en 2010-2015). A voir l’imbroglio infernal auquel se heurtent les entrepreneurs lorsqu’ils creusent un trou à Spa, nous avons encore de sérieux progrès à accomplir en la matière !

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