Mambaye -Hoctaisart

Un projet inconvenant à Mambaye – Hoctaisart.

A Mambaye-Hoctaisart, dans la zone d’aménagement communal concerté (ZACC), on s’interroge sur la capacité de nos politiques à démontrer de l’empathie et à appréhender la démesure des projets qu’ils semblent vouloir imposer aux habitants des lieux d’abord, et à l’ensemble de la population spadoise ensuite.


A défaut pour eux d’habiter l’endroit pour pouvoir se rendre compte immédiatement de la monstruosité des projets en cours, ont-ils seulement déjà fréquentés les lieux pour vraiment saisir les choses ? Manifestement, ils oublient un peu vite que les personnes qui se sont établies là-bas ont agi dans un cadre et dans un contexte bien définis, aux antipodes de ce que d’autres voudraient leur infliger aujourd’hui.

Quelque 150 unités de logement supplémentaires pouvant recevoir de 4 à 12 personnes pour un total de 1.000 vacanciers, c’est démesuré, aberrant et surtout sans commune mesure avec le petit lotissement créé en 1959. Les habitants de ce joli coin de verdure sont aussi totalement étrangers aux lotissements avortés, dossiers pourris, erreurs, carences, défaillances, incompétences, etc. commis depuis. En revanche, il appartient aux politiques d’aujourd’hui sinon de réparer les égarements de leurs prédécesseurs, du moins de veiller à ne pas bouleverser le cadre de vie et les conditions d’existence de ces concitoyens d’abord et de tous les Spadois ensuite. En dehors de toute considération purement juridique, pour évaluer le coût humain d’un tel projet qui pourrira littéralement l’existence de nombreuses personnes, il suffira aux sceptiques de s’imaginer un court instant à la place des principaux intéressés. Ils réaliseront immédiatement la différence entre l’utile à préserver et l’accessoire à écarter. Un village de vacances, aussi sophistiqué soit-il, n’est indispensable à personne sinon peut-être à ses seuls promoteurs. La qualité de vie du plus grand nombre doit primer sur les intérêts financiers de quelques-uns. Les opérations de green-washing, les simulacres de concertation, les emplois, rentrées fiscales et chiffres d’affaires pour le commerce local que l’on fait miroiter, ne démontreront jamais le contraire. En cas de naufrage ultérieur du concept, les promoteurs auront toujours une autre solution immobilière à proposer tandis que leurs victimes continueront à baigner dans le même enfer. Pour le surplus, les promenades « Meyerbeer » et « des Chèvrefeuilles » n’ont pas pour vocation d’être sacrifiées sur l’autel du tourisme de masse en se muant en « Ninglinspo » bis et ter !

Les touristes réellement épris de nature et respectueux de l’environnement n’exigent pas des installations démesurées, artificielles ou de luxe. Des hébergements de qualité offerts par des professionnels ou des habitants avisés leur suffisent amplement. Et là, il y a de quoi faire dans le centre-ville et ses environs immédiats, sans devoir créer de nouvelles infrastructures aux frais de la collectivité. Il convient de permettre à ces touristes de profiter de notre merveilleux décor en se fondant parmi nous, dans la vie locale, et pas de créer des ghettos ! Les Spadois refusent ce tourisme de masse aussi destructeur que factice.

Hélène Ancion, chargée de mission en Aménagement du Territoire et Urbanisme chez Inter-Environnement Wallonie (IEW), a publié le 18 décembre 2019 une étude remarquable « pour en finir avec l’éparpillement de l’urbanisation ». Selon elle, « il est temps de MENAGER notre territoire. Il est temps de nous organiser mieux pour faire face aux changements climatiques. Le dossier encourage la rénovation et l’entretien des bâtiments existants. Au lieu de les démolir, nous devons adapter les bâtiments aux besoins des ménages et à la diminution globale des moyens. Nous devons réfléchir, ensemble, à la manière de réviser le plan de secteur pour diminuer notre empreinte environnementale. Le dossier Stop Béton explique comment atteindre les objectifs de freinage de l’étalement urbain en réutilisant le bâti et les infrastructures. En leur donnant une seconde chance, nous améliorons l’état de l’environnement et notre cadre de vie ». Ce dossier est disponible en ligne sur https://www.iew.be/wp-content/uploads/2019/12/DossierIEW StopBeton.pdf. Vous pouvez également vous le procurer auprès de Julie Debruyne (info@iew.be).

Willy Borsus, Vice-Président du Gouvernement wallon et Ministre, entre autres, de l’Aménagement du Territoire et de l’Agriculture, ne dit rien d’autre lorsqu’il déclare dans « Le Soir » du 6 janvier 2020 : « nous devons changer le modèle, mais dans le respect et le dialogue. Nous ne sommes pas dans la radicalité, mais dans la transition positive. Il faut respecter les choix de vie des gens tout en insistant sur les enjeux de mobilité, de climat … Bref : l’intérêt général. Cela passe notamment par des politiques attractives pour convaincre les gens de choisir la ville et les coeurs de village : l’offre de transport, l’équipement, les commerces … En restant ferme sur les principes : les zones commerciales en bord de ville, je m’y refuse ! »

Enfin, Valérie DE BUE, Ministre en charge, entre autres, du Tourisme et du Patrimoine, achève de nous conforter dans nos opinions en proclamant dans « La Libre Belgique » du 29 août 2020 : « après autant de temps de confinement, la population avait envie de changer d’air, de respirer, de se sentir en sécurité aussi, loin des foules. En Wallonie, nous avons suffisamment d’espaces verts pour répondre à cette demande. On a aussi constaté un très fort engouement pour les promenades, les randonnées à vélo, le retour à un tourisme de terroir … Plusieurs maisons du tourisme ont ainsi dû réimprimer des cartes face à la demande. En fait, cette crise a accéléré une tendance qui existait déjà depuis quelques années : celle d’un retour à un tourisme plus durable et plus local. La Wallonie, c’est l’opposé du tourisme de masse qu’on peut avoir en Turquie ou d’autres pays méditerranéens. On va continuer sur cette lancée : on veut que la Wallonie devienne une destination de vacances comme peut l’être l’Ecosse ou la Bretagne. On veut attirer davantage de touristes étrangers avec cette image. L’idée est aussi de créer des connexions entre les différents sites, qu’ils soient culturels ou de loisirs. Un exemple ? A Spa, tout en étant logé dans un chouette hôtel, le touriste peut bénéficier d’une expérience aux thermes, d’une randonnée dans les Fagnes, d’une découverte des produits locaux des fermes du coin ou d’une visite des sources. »

Madame la Ministre, vous pouvez compter sur la lucidité des Spadois, ils vont s’y employer !