Le Fawetay

Le Fawetay, classé, mais régulièrement menacé.

La dernière menace sérieuse, si l’on peut dire, remonte à une « réunion d’information » du 4 septembre 2017, précédée en novembre 2015 d’un « appel à candidature » pour participer à des « ateliers d’aménagement », c’est-à-dire à des séances de lavage plus vert que vert si on en juge par le projet finalement présenté  : entre 50 et 100 logements, c’est d’une rare imprécision, et une villa remarquable, « Le Fawetay », réaménagée en appartements, flanquée de 2 ou 3 immeubles collectifs d’environ 6 ménages répartis sans doute sur 3 niveaux.

Depuis, plus rien, sinon le massacre du parc de la villa perpétré à la mi-février 2020 et des carottages dans les prairies réalisés les 19 et 20 août 2020.

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La villa « Le Fawetay » est pourtant inscrite comme « monument » dans « l’Inventaire du patrimoine culturel immobilier » de la Région wallonne. Cet anéantissement s’est déroulé sans autre forme de procès entre autres parce que la Ville de Spa, contrairement à Liège, par exemple, si, si, vous lisez bien, n’a jamais élaboré un règlement communal sur la protection des arbres et des espaces verts plus restrictif que le CoDT de la Région wallonne (Code du développement territorial). Résultat : une bonne trentaine d’arbres de taille respectable couchés et des massifs anéantis sans plus de soucis pour la faune et la flore des lieux. C’est tout simplement lamentable.

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Par ailleurs, dans son numéro 417 de mars 2020, le mensuel spadois « Réalités » a largement fait écho aux confusions et vaines polémiques nées de l’épandage de sel de déneigement, le 28 février 2019, dans les drèves du Fawetay. Afin d’éviter tout nouvel amalgame à l’avenir et surtout tout impair ou intervention désastreuse pour la pérennité de ces tilleuls et de leur site, il n’est pas inutile de rappeler les principales caractéristiques de l’endroit aux riverains et visiteurs des lieux. Cela est d’autant plus important que la Ministre Valérie DE BUE, a récemment encouragé le Comité de Protection et de Défense du Fawetay et de la Heid des Pairs, dans ses réflexions et convictions par l’intermédiaire de Maître Alain Lebrun, conseil des intéressés.

Suite à la mobilisation de nombreux riverains et Spadois dès 1991 et surtout en 2000, un arrêt du 6 mai 2003 a classé « comme site, la double allée de tilleuls du chemin du Fawetay et de la Heid des Pairs à Spa et ses abords sur une bande de dix mètres de large de part et d’autre de la double allée. »

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L’article 2 de cet arrêté mentionne les conditions particulières suivantes qui, bien entendu, ont été notifiées aux propriétaires des parcelles concernées qui ne peuvent les ignorer :

« Afin de sauvegarder l’intérêt du bien, il est interdit aux propriétaires, sauf autorisation préalable accordée conformément aux dispositions de l’article 206 du Code wallon de l’aménagement du territoire, de l’urbanisme et du patrimoine d’apporter au bien aucun changement définitif qui en modifie l’aspect. En outre, une autorisation est nécessaire pour :

1° effectuer tout travail de terrassement, fouilles, sondages, creusement de puits, ainsi que tous travaux visant à modifier le relief du sol ;

2° pratiquer tout asphaltage des chemins, bétonnage ou autre moyen autre que de légers empierrements ;

3° abattre, détruire, déraciner les arbres ;

4° modifier l’écoulement et l’infiltration naturels des eaux, déverser des eaux usées ;

5° installer des poteaux, pylônes destinés au transport de l’énergie électrique, aux télécommunications ou à tout autre usage ;

6° épandre des pesticides.

De plus, il est strictement interdit d’endommager les arbres, de faire du feu, abandonner ou jeter des papiers, récipients, appareils, véhicules hors d’usage ou détritus quelconques. »

La première phrase de cet article est évidemment aussi lourde de sens que les suivantes.

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En plus d’être classées, ces drèves de tilleuls figurent sur la liste des « arbres et haies remarquables de Wallonie ».

Selon la Ministre DE BUE, leur protection est donc aussi largement assurée par le CoDT car cette situation entraîne l’interdiction d’abattre, porter préjudice au système racinaire ou modifier l’aspect de ces éléments sans permis.

« Sont considérés comme travaux portant atteinte au système racinaire des arbres, arbustes ou haies remarquables, les travaux exécutés dans le cercle défini par la projection verticale de la couronne de l’arbre ou de l’arbuste et dans une bande de deux mètres de part et d’autre de la haie tels que :

1° l’imperméabilisation des terres ;

2° le tassement des terres ;

3° le décapage des terres sur plus de trente centimètres de profondeur ;

4° la surcharge de terre au-dessus du niveau des terres préexistant aux travaux ;

5° le passage de véhicules, manipulation d’engins de chantier, dépôts et transports de matériaux, à l’exception du charroi des véhicules destinés à l’entretien des arbres, arbustes et haies ;

6° la section des racines ;

7° l’enfouissement du collet ;

8° l’usage de produits chimiques : carburants, fongicides, herbicides, produits chimiques pour la construction ;

9° l’allumage de feux. »

Cette liste n’est manifestement pas exhaustive et tout comme la Ministre DE BUE, le lecteur de ces lignes saura d’emblée dans quelle catégorie classer le sel de déneigement !

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« Il faut arrêter le marteau qui mutile la face du pays. Une loi suffirait. Qu’on la fasse. Quels que soient les droits de la propriété, la destruction d’un édifice historique et monumental ne doit pas être permise à d’ignobles spéculateurs que leur intérêt imbécile aveugle sur leur honneur ; misérables hommes, et si imbéciles qu’ils ne comprennent pas qu’ils sont des barbares ! Il y a deux choses dans un édifice : son usage et sa beauté. Son usage appartient au propriétaire, sa beauté à tout le monde, à vous, à moi, à nous tous. Donc, le détruire, c’est dépasser son droit. » (Victor Hugo, Guerre aux démolisseurs, Revue des deux mondes, 1er mars 1832)

Voilà une sentence qui devrait guider nos édiles chaque fois qu’ils décident d’aménager notre ville et la nature qui l’entoure !

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