Inventaire béton

Spadois depuis, et pour, toujours, Michel MINET connaît sa ville comme peu d’autres personnes. Il reste le défenseur passionné de toutes les bonnes causes environnementales. L’ASBL le remercie d’avoir accepté de présenter un inventaire béton.

La Perle des Ardennes dans un écrin mité ?

Si nous n’y prenons garde, c’est pour demain !

Spa, ville d’eaux pluricentenaire, s’ingénie à ramer à contre-courant, à court terme, en fonction de considérations purement financières, dans l’ignorance de ses atouts naturels et à l’encontre des souhaits de ses habitants. Après les « zones de quiétude » du DNF (Département de la Nature et des Forêts), voici les « zones d’inquiétude » de la ville de Spa !

Un rond-point contrecarré et une cécité à long terme.

Il y a plus de 15 ans, le 10 octobre 2004 très exactement, de nombreux Spadois sont parvenus à la faveur d’une consultation populaire, à contrer la création d’un énorme rond-point qui aurait défiguré la place Royale et la place du Monument. Ce délire technocratique et inutile a été remplacé par une place infiniment plus conviviale, bien qu’imparfaite en matière de mobilité. Malheureusement, cela ne risque pas de s’arranger, bien au contraire.

Aujourd’hui, ces mêmes Spadois sont obligés de monter aux barricades aux quatre coins de LEUR cité pour s’opposer aux promoteurs qui menacent de défigurer LEUR ville et ses alentours et de leur empoisonner l’existence définitivement avec des projets inadéquats aux lieux et totalement dépourvus de vision globale et à long terme, du moins pour la collectivité.

*****

Accès direct à la rubrique qui vous intéresse:

Edit

*****

L’inventaire en entier

Creppe

Un site, un bâti, une atmosphère et un chemin à respecter.

A Creppe, c’est la construction de 9 habitations jointives totalement inadaptées à l’endroit et au bâti existant qui risque de dénaturer l’ambiance sereine jusqu’à là plutôt bien conservée du village. Cerise sur le gâteau, au moment même où la Ville de Spa s’intéresse enfin aux servitudes publiques de passage pour mieux protéger, paraît-il, ces sentiers de traverse souvent bucoliques et plein de charme, elle n’hésiterait pas, simultanément, à supprimer purement et simplement à Creppe, le chemin vicinal n°69 et à autoriser l’arrachage de la double haie qui le borde, ceci pour satisfaire l’appétit égoïste, inapproprié et démesuré d’un promoteur.

 Il faut cultiver un sérieux goût du paradoxe pour oser tenter la chose au beau milieu du récent « Parc naturel des Sources », surtout lorsque la Région Wallonne ambitionne de favoriser les voies lentes et de replanter 4.000 km de haies ! On cherche en vain la ligne directrice dans ce tissu d’incohérences. Pour le reste, le coup était probablement préparé de longue date avec la mystérieuse disparition, il y a déjà quelques années, des clôtures qui succédaient aux haies pour mieux tracer le chemin au milieu des prairies jusqu’à la promenade des Américains et permettre ainsi aux promeneurs de l’emprunter sans aucune appréhension.

En un mot comme en cent, le seul projet acceptable pour l’endroit et la collectivité consisterait précisément à replanter une haie d’essences régionales pour garantir la pérennité de ce chemin en évitant ainsi de rompre le maillage de sentiers auquel il participe, et à exiger des constructions en accord avec les contraintes des lieux et l’allure générale du village-rue pour éviter de ravager ce bel espace, en particulier lorsqu’il est observé depuis la promenade des Américains. De telles haies structurent le paysage.

DSC_1774.JPG

Elles sont aux antipodes des opérations de remembrement dont on mesure aujourd’hui les inconvénients. Réhabiliter le chemin vicinal n°69, c’est joindre les actes à la parole et poser un geste fort pour l’environnement !

1226.jpg

*****

Les haies

Un chemin autoroutier avec une durée d’exécution prévue de 130 jours ouvrables pour l’entrepreneur, près de 3 ans de travaux pour les riverains et un océan de tarmac pour les usagers.

D’ailleurs, les occasions pour planter des haies ne manquent pas. Ainsi, le chemin Henrotte, en bordure du RAVeL, charmant du temps de l’exploitation de la ligne 44, ressemble aujourd’hui à une voirie dédoublée en pleine campagne, en particulier lorsqu’il est abordé côté Sauvenière. Les promeneurs qui emprunteront la passerelle, toujours attendue, pour assurer la jonction avec l’ancien passage à niveau de la Géronstère, risquent d’être saisis lors de leur arrivée chemin Henrotte, à la vue de deux rubans d’asphalte quasi parallèles. Ceci faute d’une haie adéquate comme jadis, à la place d’une banale rambarde en bois pour séparer ces deux voiries.

Des plantations intelligentes dans des endroits similaires et d’autres travaux intéressants ont été réalisés à Jalhay sur cette même ancienne ligne. Pourquoi pas à Spa ? Sommes-nous condamnés à demeurer les cancres de la classe ?

Céline Tellier, Ministre wallonne de l’Environnement, de la Nature, de la Forêt, de la Ruralité et du Bien-être animal a d’ailleurs déclaré, dans son communiqué de presse du 21 novembre 2019, que « les haies sont la colonne vertébrale de nos paysages et représentent une trame écologique indispensable à la survie de la biodiversité (abris pour les insectes, les oiseaux, enrichissement des sols) mais ce sont aussi des remparts naturels contre les inondations et les coulées boueuses tout en régénérant le carbone des sols agricoles, gage de leur fertilité. Les haies sont également nourricières, fournissent d’innombrables baies sauvages et complètent à merveille le fourrage des animaux. Les haies vives sont donc éminemment multifonctionnelles. »

*****

Mambaye -Hoctaisart

Un projet inconvenant à Mambaye – Hoctaisart.

A Mambaye-Hoctaisart, dans la zone d’aménagement communal concerté (ZACC), on s’interroge sur la capacité de nos politiques à démontrer de l’empathie et à appréhender la démesure des projets qu’ils semblent vouloir imposer aux habitants des lieux d’abord, et à l’ensemble de la population spadoise ensuite.


A défaut pour eux d’habiter l’endroit pour pouvoir se rendre compte immédiatement de la monstruosité des projets en cours, ont-ils seulement déjà fréquentés les lieux pour vraiment saisir les choses ? Manifestement, ils oublient un peu vite que les personnes qui se sont établies là-bas ont agi dans un cadre et dans un contexte bien définis, aux antipodes de ce que d’autres voudraient leur infliger aujourd’hui.

Quelque 150 unités de logement supplémentaires pouvant recevoir de 4 à 12 personnes pour un total de 1.000 vacanciers, c’est démesuré, aberrant et surtout sans commune mesure avec le petit lotissement créé en 1959. Les habitants de ce joli coin de verdure sont aussi totalement étrangers aux lotissements avortés, dossiers pourris, erreurs, carences, défaillances, incompétences, etc. commis depuis. En revanche, il appartient aux politiques d’aujourd’hui sinon de réparer les égarements de leurs prédécesseurs, du moins de veiller à ne pas bouleverser le cadre de vie et les conditions d’existence de ces concitoyens d’abord et de tous les Spadois ensuite. En dehors de toute considération purement juridique, pour évaluer le coût humain d’un tel projet qui pourrira littéralement l’existence de nombreuses personnes, il suffira aux sceptiques de s’imaginer un court instant à la place des principaux intéressés. Ils réaliseront immédiatement la différence entre l’utile à préserver et l’accessoire à écarter. Un village de vacances, aussi sophistiqué soit-il, n’est indispensable à personne sinon peut-être à ses seuls promoteurs. La qualité de vie du plus grand nombre doit primer sur les intérêts financiers de quelques-uns. Les opérations de green-washing, les simulacres de concertation, les emplois, rentrées fiscales et chiffres d’affaires pour le commerce local que l’on fait miroiter, ne démontreront jamais le contraire. En cas de naufrage ultérieur du concept, les promoteurs auront toujours une autre solution immobilière à proposer tandis que leurs victimes continueront à baigner dans le même enfer. Pour le surplus, les promenades « Meyerbeer » et « des Chèvrefeuilles » n’ont pas pour vocation d’être sacrifiées sur l’autel du tourisme de masse en se muant en « Ninglinspo » bis et ter !

Les touristes réellement épris de nature et respectueux de l’environnement n’exigent pas des installations démesurées, artificielles ou de luxe. Des hébergements de qualité offerts par des professionnels ou des habitants avisés leur suffisent amplement. Et là, il y a de quoi faire dans le centre-ville et ses environs immédiats, sans devoir créer de nouvelles infrastructures aux frais de la collectivité. Il convient de permettre à ces touristes de profiter de notre merveilleux décor en se fondant parmi nous, dans la vie locale, et pas de créer des ghettos ! Les Spadois refusent ce tourisme de masse aussi destructeur que factice.

Hélène Ancion, chargée de mission en Aménagement du Territoire et Urbanisme chez Inter-Environnement Wallonie (IEW), a publié le 18 décembre 2019 une étude remarquable « pour en finir avec l’éparpillement de l’urbanisation ». Selon elle, « il est temps de MENAGER notre territoire. Il est temps de nous organiser mieux pour faire face aux changements climatiques. Le dossier encourage la rénovation et l’entretien des bâtiments existants. Au lieu de les démolir, nous devons adapter les bâtiments aux besoins des ménages et à la diminution globale des moyens. Nous devons réfléchir, ensemble, à la manière de réviser le plan de secteur pour diminuer notre empreinte environnementale. Le dossier Stop Béton explique comment atteindre les objectifs de freinage de l’étalement urbain en réutilisant le bâti et les infrastructures. En leur donnant une seconde chance, nous améliorons l’état de l’environnement et notre cadre de vie ». Ce dossier est disponible en ligne sur https://www.iew.be/wp-content/uploads/2019/12/DossierIEW StopBeton.pdf. Vous pouvez également vous le procurer auprès de Julie Debruyne (info@iew.be).

Willy Borsus, Vice-Président du Gouvernement wallon et Ministre, entre autres, de l’Aménagement du Territoire et de l’Agriculture, ne dit rien d’autre lorsqu’il déclare dans « Le Soir » du 6 janvier 2020 : « nous devons changer le modèle, mais dans le respect et le dialogue. Nous ne sommes pas dans la radicalité, mais dans la transition positive. Il faut respecter les choix de vie des gens tout en insistant sur les enjeux de mobilité, de climat … Bref : l’intérêt général. Cela passe notamment par des politiques attractives pour convaincre les gens de choisir la ville et les coeurs de village : l’offre de transport, l’équipement, les commerces … En restant ferme sur les principes : les zones commerciales en bord de ville, je m’y refuse ! »

Enfin, Valérie DE BUE, Ministre en charge, entre autres, du Tourisme et du Patrimoine, achève de nous conforter dans nos opinions en proclamant dans « La Libre Belgique » du 29 août 2020 : « après autant de temps de confinement, la population avait envie de changer d’air, de respirer, de se sentir en sécurité aussi, loin des foules. En Wallonie, nous avons suffisamment d’espaces verts pour répondre à cette demande. On a aussi constaté un très fort engouement pour les promenades, les randonnées à vélo, le retour à un tourisme de terroir … Plusieurs maisons du tourisme ont ainsi dû réimprimer des cartes face à la demande. En fait, cette crise a accéléré une tendance qui existait déjà depuis quelques années : celle d’un retour à un tourisme plus durable et plus local. La Wallonie, c’est l’opposé du tourisme de masse qu’on peut avoir en Turquie ou d’autres pays méditerranéens. On va continuer sur cette lancée : on veut que la Wallonie devienne une destination de vacances comme peut l’être l’Ecosse ou la Bretagne. On veut attirer davantage de touristes étrangers avec cette image. L’idée est aussi de créer des connexions entre les différents sites, qu’ils soient culturels ou de loisirs. Un exemple ? A Spa, tout en étant logé dans un chouette hôtel, le touriste peut bénéficier d’une expérience aux thermes, d’une randonnée dans les Fagnes, d’une découverte des produits locaux des fermes du coin ou d’une visite des sources. »

Madame la Ministre, vous pouvez compter sur la lucidité des Spadois, ils vont s’y employer !

*****

Le Fawetay

Le Fawetay, classé, mais régulièrement menacé.

La dernière menace sérieuse, si l’on peut dire, remonte à une « réunion d’information » du 4 septembre 2017, précédée en novembre 2015 d’un « appel à candidature » pour participer à des « ateliers d’aménagement », c’est-à-dire à des séances de lavage plus vert que vert si on en juge par le projet finalement présenté  : entre 50 et 100 logements, c’est d’une rare imprécision, et une villa remarquable, « Le Fawetay », réaménagée en appartements, flanquée de 2 ou 3 immeubles collectifs d’environ 6 ménages répartis sans doute sur 3 niveaux.

Depuis, plus rien, sinon le massacre du parc de la villa perpétré à la mi-février 2020 et des carottages dans les prairies réalisés les 19 et 20 août 2020.

DSC_1611.JPG

La villa « Le Fawetay » est pourtant inscrite comme « monument » dans « l’Inventaire du patrimoine culturel immobilier » de la Région wallonne. Cet anéantissement s’est déroulé sans autre forme de procès entre autres parce que la Ville de Spa, contrairement à Liège, par exemple, si, si, vous lisez bien, n’a jamais élaboré un règlement communal sur la protection des arbres et des espaces verts plus restrictif que le CoDT de la Région wallonne (Code du développement territorial). Résultat : une bonne trentaine d’arbres de taille respectable couchés et des massifs anéantis sans plus de soucis pour la faune et la flore des lieux. C’est tout simplement lamentable.

DSC_1599.JPG

Par ailleurs, dans son numéro 417 de mars 2020, le mensuel spadois « Réalités » a largement fait écho aux confusions et vaines polémiques nées de l’épandage de sel de déneigement, le 28 février 2019, dans les drèves du Fawetay. Afin d’éviter tout nouvel amalgame à l’avenir et surtout tout impair ou intervention désastreuse pour la pérennité de ces tilleuls et de leur site, il n’est pas inutile de rappeler les principales caractéristiques de l’endroit aux riverains et visiteurs des lieux. Cela est d’autant plus important que la Ministre Valérie DE BUE, a récemment encouragé le Comité de Protection et de Défense du Fawetay et de la Heid des Pairs, dans ses réflexions et convictions par l’intermédiaire de Maître Alain Lebrun, conseil des intéressés.

Suite à la mobilisation de nombreux riverains et Spadois dès 1991 et surtout en 2000, un arrêt du 6 mai 2003 a classé « comme site, la double allée de tilleuls du chemin du Fawetay et de la Heid des Pairs à Spa et ses abords sur une bande de dix mètres de large de part et d’autre de la double allée. »

722.jpg

L’article 2 de cet arrêté mentionne les conditions particulières suivantes qui, bien entendu, ont été notifiées aux propriétaires des parcelles concernées qui ne peuvent les ignorer :

« Afin de sauvegarder l’intérêt du bien, il est interdit aux propriétaires, sauf autorisation préalable accordée conformément aux dispositions de l’article 206 du Code wallon de l’aménagement du territoire, de l’urbanisme et du patrimoine d’apporter au bien aucun changement définitif qui en modifie l’aspect. En outre, une autorisation est nécessaire pour :

1° effectuer tout travail de terrassement, fouilles, sondages, creusement de puits, ainsi que tous travaux visant à modifier le relief du sol ;

2° pratiquer tout asphaltage des chemins, bétonnage ou autre moyen autre que de légers empierrements ;

3° abattre, détruire, déraciner les arbres ;

4° modifier l’écoulement et l’infiltration naturels des eaux, déverser des eaux usées ;

5° installer des poteaux, pylônes destinés au transport de l’énergie électrique, aux télécommunications ou à tout autre usage ;

6° épandre des pesticides.

De plus, il est strictement interdit d’endommager les arbres, de faire du feu, abandonner ou jeter des papiers, récipients, appareils, véhicules hors d’usage ou détritus quelconques. »

La première phrase de cet article est évidemment aussi lourde de sens que les suivantes.

731.jpg

En plus d’être classées, ces drèves de tilleuls figurent sur la liste des « arbres et haies remarquables de Wallonie ».

Selon la Ministre DE BUE, leur protection est donc aussi largement assurée par le CoDT car cette situation entraîne l’interdiction d’abattre, porter préjudice au système racinaire ou modifier l’aspect de ces éléments sans permis.

« Sont considérés comme travaux portant atteinte au système racinaire des arbres, arbustes ou haies remarquables, les travaux exécutés dans le cercle défini par la projection verticale de la couronne de l’arbre ou de l’arbuste et dans une bande de deux mètres de part et d’autre de la haie tels que :

1° l’imperméabilisation des terres ;

2° le tassement des terres ;

3° le décapage des terres sur plus de trente centimètres de profondeur ;

4° la surcharge de terre au-dessus du niveau des terres préexistant aux travaux ;

5° le passage de véhicules, manipulation d’engins de chantier, dépôts et transports de matériaux, à l’exception du charroi des véhicules destinés à l’entretien des arbres, arbustes et haies ;

6° la section des racines ;

7° l’enfouissement du collet ;

8° l’usage de produits chimiques : carburants, fongicides, herbicides, produits chimiques pour la construction ;

9° l’allumage de feux. »

Cette liste n’est manifestement pas exhaustive et tout comme la Ministre DE BUE, le lecteur de ces lignes saura d’emblée dans quelle catégorie classer le sel de déneigement !

1214.jpg

« Il faut arrêter le marteau qui mutile la face du pays. Une loi suffirait. Qu’on la fasse. Quels que soient les droits de la propriété, la destruction d’un édifice historique et monumental ne doit pas être permise à d’ignobles spéculateurs que leur intérêt imbécile aveugle sur leur honneur ; misérables hommes, et si imbéciles qu’ils ne comprennent pas qu’ils sont des barbares ! Il y a deux choses dans un édifice : son usage et sa beauté. Son usage appartient au propriétaire, sa beauté à tout le monde, à vous, à moi, à nous tous. Donc, le détruire, c’est dépasser son droit. » (Victor Hugo, Guerre aux démolisseurs, Revue des deux mondes, 1er mars 1832)

Voilà une sentence qui devrait guider nos édiles chaque fois qu’ils décident d’aménager notre ville et la nature qui l’entoure !

713.jpg
1496.jpg

*****

Une ville – jardin de plus en plus dégradée.

Beaucoup de Spadois s’étonnent et s’inquiètent de constater la disparition croissante de massifs de verdure aux quatre coins de la ville. Personne ne songera à adresser des reproches à nos représentants lorsqu’il s’agit de sujets manifestement mal en point et dangereux à plus ou moins brève échéance, pour autant bien sûr que ces abattages soient suivis de plantations aux mêmes endroits et dans l’esprit des lieux. Non, ce qui hérisse les Spadois, ce sont les éliminations effectuées en prévision de projets immobiliers, les anéantissements de ce qui dissimulait précisément des constructions et aménagements disgracieux, les révélant ainsi au grand jour, les éliminations pour simple commodité personnelle, les non remplacements pour des raisons bassement démagogiques, etc., bref ces « déverdissements » insidieux  qui se multiplient et nuisent au cachet de la ville.

DSC_2062.JPG
DSC_2063.JPG

A Liège, ville déjà citée pour ses initiatives en la matière, « les actions suivantes ne sont pas autorisées sans avoir obtenu un permis préalable : abattre des arbres ou des arbustes dont le contour du tronc atteint au moins 20 cm à une hauteur de 1 m à partir du niveau du sol ; abattre des haies de toutes espèces ; accomplir des actes pouvant provoquer la disparition prématurée des arbres, arbustes ou haies, par exemple en portant atteinte au système racinaire. … Cette énumération n’est pas limitative ». Voilà au moins des dispositions qui permettent de contrôler et de prévenir toute « déforestation urbaine ».

Bien plus, dans le cadre de la transition écologique et climatique, la ville de Liège, toujours elle, a lancé son « Plan Canopée ». Objectif : planter plus de 20.000 arbres à Liège d’ici 2030 ! Les Spadois n’en demandent pas tant. Si notre Perle pouvait au moins s’en inspirer toutes proportions gardées …

Dans le même ordre d’idées, il conviendrait aussi d’exiger l’entretien régulier des abords des immeubles inoccupés afin que ces anciens parcs et jardins ne servent pas d’alibi à leur propre élimination. En effet, à défaut d’un règlement communal plus contraignant que le CoDT, la protection de ces endroits et des sujets qu’ils renferment pourrait être assurée par leur inscription sur la fameuse liste « des arbres et haies remarquables de Wallonie ». Encore faudrait-il que ces vénérables ancêtres remplissent les conditions exigées pour une telle reconnaissance. Et parmi celles-ci figure précisément la suivante : être « visibles dans leur entièreté depuis un point de l’espace public ». Une nature luxuriante à l’abandon permet donc de dissimuler des trésors à exterminer ensuite rapidement et en toute impunité avant qu’ils ne soient remarqués par des observateurs de notre belle nature, inscrits sur la liste susdite, et aient de ce fait la capacité de nuire aux projets dévastateurs de certains.

Enfin, il y a les mises à jour périodiques de la liste « des arbres et haies remarquables de Wallonie ». D’après le service concerné du « Département de l’Aménagement  du Territoire et de l’Urbanisme », la dernière opération de ce genre a été entamée en décembre 2018 et la Ville de Spa n’a pas répondu dans le délai fixé … comme le mauvais élève de la classe, une fois de plus. La prochaine mise à jour débutera fin décembre 2021. Comme toute personne peut proposer au service désigné à cette fin, un arbre, un arbuste ou une haie qui présente un ou plusieurs critères pour justifier cette inscription, les Spadois épris de nature ou amoureux de leur ville auraient tout intérêt à prendre les choses en main personnellement. En ces temps troublés par la crise du Covid, ce travail indispensable est aussi une superbe occasion de découvrir ou redécouvrir sa ville. D’ailleurs, dans l’avant-propos de sa brochure intitulée « Des arbres et des hommes », Jean-Marc Monville écrivait déjà en 2005, au sujet de l’établissement d’une première liste de base en compagnie d’une bonne dizaine de personnes : « dans notre société du « tout et tout de suite » l’arbre avec sa croissance lente et paisible a quelque peu perdu le statut et la protection qu’il mérite. Malheureusement, malgré de nombreuses promesses aucun règlement communal concernant la protection des arbres n’a été ratifié par le collège échevinal jusqu’à ce jour. »

Et un architecte de paysage d’ajouter : « Il faut déminéraliser les villes ! Et planter un maximum d’arbres, partout où on peut. … Il faut cartographier ! Faire de l’urbanisme du sous-sol pour recréer de la place. … Chaque opérateur a sa propre carte, il faut les superposer, créer un mapping 3D du sous-sol et voir où il y a de la place … pour planter des arbres ! … cela va changer les villes qui sont, aujourd’hui, beaucoup trop minérales. Ce n’est bon ni pour la récupération de l’eau pluviale, ni pour les arbres, ni pour la qualité de l’air, ni pour les particules fines, ni pour le CO2, ni pour les animaux, ni pour la qualité de vie en général. … Il faut repenser les villes comme des lieux où on a envie d’habiter. … Bordeaux par exemple a énormément changé la façon de l’habiter, aussi en réduisant le nombre de voitures. Pourquoi ça commence par ça ? Parce que les voitures ont tout envahi, tout est voirie et tout est parking. Il faut moins de voitures, … Pendant le Covid, on s’est rendu compte de l’espace qu’on a quand on n’a plus ces masses métalliques. » …  (Bas Smets, dans les colonnes du « Soir » du 1er août. L’intéressé serait intervenu à La Fraineuse en 2010-2015). A voir l’imbroglio infernal auquel se heurtent les entrepreneurs lorsqu’ils creusent un trou à Spa, nous avons encore de sérieux progrès à accomplir en la matière !

DSC_1818.JPG

*****

La Havette

 Projet de La Havette : 4 blocs totalisant 54 appartements.

jean-baptiste 2.jpg

Les travaux viennent de démarrer sur ce terrain qui abritait jadis la défunte villa « Jean-Baptiste ». D’après la startup liégeoise « Ecco Nova », plateforme de financement alternatif, le groupe « Horizon » tablait, fin 2019, « sur une durée de commercialisation prudente de 5 ans incluant les deux années de travaux nécessaires. » Malheureusement et s’ils n’y prennent garde, l’avenir pourrait encore réserver d’autres mauvaises surprises aux habitants de ce quartier plutôt calme avec un projet complémentaire au premier, dans les anciennes prairies comprises entre la Picherotte et l’avenue Antoine Pottier. Une chose est certaine, ce n’est pas demain que les gosses du quartier joueront à nouveau au football sur la rue !

*****

Rue de la Sauvenière

Rue de la Sauvenière : « Bientôt, nouveau projet immobilier » annonce une banderole déjà dissimulée par la végétation.

bruyères 2.jpg

Ici, comme 10.950 m2 sont concernés on peut craindre le pire. Nous sommes dans le joli parc du « Chalet des Bruyères » réduit à l’état de ruine depuis déjà trop longtemps et rasé il y a relativement peu de temps. Il reste à espérer que la protection des derniers arbres majestueux qui garnissent l’endroit sera assurée par leur inscription sur la « liste des arbres et haies remarquables de Wallonie » et que les riverains d’abord et tous les Spadois ensuite échapperont à un projet aussi mégalomane que les précédents.

sauvenière.jpg

 Et encore au moins 17 logements rue de la Sauvenière.

Un permis d’urbanisme a été octroyé le 17 mars 2020  pour l’exécution des travaux suivants sur les terrains des n° 100 et 102, pratiquement en face du projet cité ci-dessus : « démolition d’un bâtiment et de ses dépendances, transformation d’un immeuble existant en deux duplex et construction de deux nouveaux immeubles à appartements comprenant à eux deux 17 logements ».

sauvenière 2.jpg

*****

Et aussi 24 logements rue Chelui

Sur ce terrain longeant la promenade Victor Renson, près du gué des Artistes, légué paraît-il par la Ville à on ne sait qui pour y construire 24 logements.

DSC_2065.JPG

*****

Nivezé – Tonnelet

Au Tonnelet, à Nivezé, 15 habitations unifamiliales et 6 appartements.

nivezé.jpg

Il s’agit d’ériger « un ensemble de 15 habitations unifamiliales et un immeuble de 6 appartements avec le maintien de la villa existante et la création d’une voirie communale ».

SPA PATRIMOINE A.S.B.L.  s’est fendu « d’un courrier de remarques et recommandations adressé au Collège afin d’attirer l’attention sur la nécessité de valoriser les abords de la source du Tonnelet et des villas Peltzer (parc et domaine de Nivezé (Vieux-Nivezé), Nivezé Farm, Haut-Neubois) qui constituent un lieu patrimonial de toute première importance. »

*****

Rue Général Orth, 41 habitations

Elles nous sont promises sur un terrain dépouillé depuis peu de quelque 130 arbres bien encombrants.

DSC_2038.JPG

*****

Pour conclure…

Cette liste n’a pas la prétention d’être exhaustive. Il s’agirait même plutôt de quelques exemples parmi les plus dévastateurs, les nombreux petits projets étant omis. Pour transcender le tout, il manque surtout une vision globale quant à tous ces projets avec leurs études d’incidence qui s’ignorent superbement les unes les autres parce que la législation en la matière est ainsi faite et ne prévoit pas cette vue d’ensemble pourtant essentielle. Cet affairisme et les menées de personnes étrangères à la vie locale vont à l’encontre des intérêts les plus élémentaires de l’ensemble de la population spadoise qui elle en subira réellement les conséquences néfastes et irréversibles au quotidien. Les résultats de tous ces projets apparemment indépendants les uns des autres vont se cumuler pour empoisonner littéralement la vie de nos concitoyens ne serait-ce qu’en matière de mobilité dans la cuvette spadoise. Beaucoup de Spadois ressentent déjà les effets désastreux d’une mobilité débridée ou réorientée, c’est selon, alors même qu’aucun projet d’ampleur n’a été mené à terme.

Bien plus, Spa accumulera les erreurs funestes en subissant les conséquences de projets similaires à sa périphérie et dans les communes voisines cette fois. On songe ici bien sûr et en particulier, à ce « Manhattan s/Balmoral » qui est loin d’être terminé.

La déferlante automobile se manifeste déjà sur cette route de plus en plus fréquentée dans les deux sens. Mais le tsunami est pour demain : du rond-point de l’avenue Léopold II à Balmoral, à celui de l’entrée de l’autoroute A27-E42, les réalisations et projets sont légion ! On y rencontre d’abord les « Villas de Balmoral », soit 4 immeubles pour un total de 30 appartements, apparemment toujours vides depuis leur achèvement en 2018. « Le rêve commence ici » disait le slogan. Pourvu qu’il ne se transforme pas en cauchemar !

DSC_2044.JPG

A proximité immédiate, l’ancien « Golf Hôtel » n’en finit pas de mourir de toutes les façons possibles. Il a été détruit par un incendie criminel il y a trois ans. L’Agence wallonne du Patrimoine (AWaP), la Commission royale des Monuments, Sites et Fouilles (CRMSF) et la Direction générale de l’Aménagement du Territoire et de l’Urbanisme de la Région wallonne (SPW-DGO4) viennent d’en refuser la démolition, voulue un peu vite par la Ville de Spa, en lui rappelant que « ce bâtiment doit être conservé en raison de sa représentativité de l’architecture liée au thermalisme de notre ville et qu’il est considéré comme une construction importante de style villégiature d’inspiration anglo-normande édifiée lors du développement du quartier de Spa-Extension, initié dès 1909. Ces institutions rappellent l’importance, dans le cadre du dossier de reconnaissance à l’UNESCO, de protéger ce type de patrimoine. »

DSC_2046.JPG

A l’extrémité de cette ligne droite, en face du « Chalet Suisse », la banderole du promoteur de 61 nouveaux appartements répartis dans trois immeubles nous invite à « Vivre la nature de l’intérieur ». Désolé, mais dans notre région, nous préférons vivre la nature de l’extérieur, ensemble et la partager avec tous ses autres véritables amoureux. C’est tellement plus authentique, moins égoïste et surtout moins ravageur !

DSC_2047.JPG

Un peu plus loin, de part et d’autre d’un immeuble a appartements déjà construit, vous remarquerez d’abord la disparition d’un bungalow au profit d’un projet de 24 à 26 appartements, et ensuite l’érection de 21 autres appartements.

bamoral 2.jpg

Si vous regagnez Spa via le lac de Warfaaz, 14 appartements sont encore en construction en face du déversoir, chemin du Soyeureux, et un autre projet aurait pour cadre le terrain autrefois occupé par « l’Hostellerie de la Vieille France » de bien sinistre mémoire.

lac.jpg

Enfin, dans le cas de Mambaye, un journaliste du « Soir » signalait même, dans l’édition du 20 août 2020, que « l’accès au domaine sera étudié de manière à impacter le moins possible le centre de Spa … ». Il ne pensait probablement pas si bien dire en utilisant ce verbe à connotation plutôt négative ! En réalité, prétendre que les vacanciers vont utiliser la route des Fontaines, par exemple, pour leurs allées et venues, c’est une nouvelle fois abuser la population spadoise en feignant d’ignorer les véritables comportements et réflexes de tous ces conducteurs qui se dirigeront tout simplement vers un centre-ville déjà engorgé actuellement pour mieux le paralyser à l’avenir compte tenu des autres réalisations en cours ou projetées!

La valse des petits détaillants ne va pas s’arrêter de sitôt. Il faudra aussi se lever tôt pour pouvoir fréquenter le centre-ville et ses commerces auxquels nous tenons … ou accepter de marcher plus mais de toute façon dans une ville saturée de véhicules ce qui n’a rien d’original et risque d’en décourager plus d’un. Beaucoup de grandes surfaces périphériques ont encore de beaux jours devant elles tandis que d’autres commerçants verront non pas des clients mais surtout des véhicules défiler devant leurs vitrines pour filer ailleurs, de guerre lasse !

gro.jpg

Dans ces conditions, ne faut-il pas crier « STOP BETON » et cesser immédiatement d’imperméabiliser nos campagnes et de canaliser l’eau en pure perte pour au contraire promouvoir son infiltration naturelle et prévenir de nouvelles inondations dans notre vallon ? Dans un registre connexe, Stoumont, la seconde commune de l’encore bien nommé, du moins on l’espère, « Parc naturel des Sources », a encore affronté des problèmes d’approvisionnement en « or bleu » tout récemment. Un comble !

Scan0406.jpg

                                                                                                                                                             Michel Minet.