Si « les petites rivières font les grands fleuves », les petites destructions font les grandes catastrophes

La pandémie du covid 19 et l’environnement

Certes, nous vivons des moments très pénibles avec des conséquences psychologiques et  économiques dramatiques. Pour une raison qui reste inconnue, un virus se serait échappé d’un laboratoire à Wuhan en Chine et « cette petite chose sans cerveau » comme le dit Thomas Gunzig a muté rendant la deuxième vague de cette pandémie encore plus virulente que la première.

C’est bien notre rapport conflictuel avec la nature qui développe les virus et engendre les pandémies.

« Quand les écosystèmes sont altérés et que la diversité est réduite, un virus qui vivait en équilibre avec son milieu ou un microbe hébergé chez un animal sauvage peuvent changer d’hôtes et muter en agents pathogènes ». Nicolas Hulot, D’un monde à l’autre, publié en septembre 2020, Ed Broché.

Selon Dick Ostfeld, chercheur au Cary Institute of Ecosystem Studies, Millbrook, N Y, la destruction de la nature par le déboisement est une cause principale du passage de plus en plus fréquent des maladies de l’animal à l’homme. Les petits rongeurs et les chauves-souris sont porteurs des virus.

Ils prolifèrent rapidement et s’adaptent facilement aux écosystèmes perturbés et à la proximité de l’homme comme ce fut le cas en Malaisie en 1998, avec la propagation de virus Nipah.

Il est à noter que les marchés culinaires (Chine) sont une autre cause de propagation des virus, où des animaux vivants ou morts, tels chiens, chats, chauves-souris, serpents, poules et pangolins sont négociés dans un environnement insalubre.

La biodiversité

Selon certains scientifiques, 68 % des espèces animales ont disparu en une quarantaine d’années, comme les éléphants en Tanzanie ou les colonies de pingouins en Antarctique Ouest. En quelques décennies, 41 % de la population totale des insectes ont disparu.

Dans un article remarquable paru le 29 juillet 2020 dans De Morgen sous le titre « Nous voyons plus de morts que de vivants dans la nature », Dirk Maes, docteur en biologie et chercheur à l’Instituut voor Bos-en Natuuronderzoek, nous explique qu’en Flandre, la disparition des oiseaux nicheurs, des amphibiens et des reptiles est effrayante. Il explique qu’un grand nombre de papillons diurnes a disparu ou est en voie d’extinction. Les papillons constituent un baromètre de la nature. Ce sont des organismes qui réagissent aux changements d’environnement et si ça va mal pour eux, c’est que la nature est dans un état déplorable. L’une des causes est l’urbanisation.

L’anthropocène

Les paléontologues ont divisé les 4,5 milliards d’années d’histoire de notre planète en périodes, époques ou ères. Par la diffusion du film Jurassic Park, le Jurassique est sans doute la période la plus connue du grand public. Le Jurassique s’étend de moins 201 à moins 145 millions d’années. Si vous n’avez pas vu le film, je vous le résume brièvement : en expérimentant des fossiles, des chercheurs ont recréé les dinosaures qui sont rassemblés dans une sorte de zoo sur une île de l’Océan Pacifique. Malheureusement, les choses ne vont pas se passer  comme ils l’espéraient …

Comme nous le savons, il y a 65 millions d’années, la plupart des dinosaures ont subi deux causes d’extinction : l’éclatement d’un astéroïde gigantesque et les effluves d’éruptions volcaniques. Auparavant, notre planète avait connu quatre grandes périodes d’extinction.

Nous vivons dans une époque géologique appelée Anthropocène ; ce nom fut imaginé par Paul Crutzen, un chimiste hollandais co-lauréat d’un prix Nobel.

Dans le livre La 6ème Extinction, livre de poche, prix Pullitzer 2015, Elizabeth  Kolbert nous explique comment notre espèce est devenue capable d’affecter directement son propre destin. Que ce soit à petite ou à grande échelle, à un niveau local ou planétaire –  Elizabeth Kolbert : « Actuellement, on comptabilise environ 130 millions de kilomètres carrés de terre ferme sur la planète non recouverte par de la glace … Selon une étude récente publiée par la Société Géologique d’Amérique, l’homme a complètement transformé plus de la moitié de cette étendue de terre, grosse modo 70 millions de kilomètres carrés » – nous sommes au cœur de la 6ème extinction en masse dont nous sommes l’élément destructeur.

Au niveau local … Parlons un peu de la ville de Spa …

La forêt spadoise

Spa, la Perle des Ardennes, est renommée pour le thermalisme et ses eaux d’une pureté éternelle. Elle est  synonyme de promenades en forêt à n’en plus finir ; Spa qui espère ardemment le Graal, le label de « Grand Spa d’Europe » décerné par l’Unesco, a accepté la construction d’un village de vacances.

Selon un toute-boîte distribué par le promoteur en novembre 2020, « cet ensemble, à construire en plusieurs phases, sera composé principalement de maisons de vacances (+/- 150 unités) avec différents espaces de parking en surface, d’un bâtiment multifonctionnel hébergeant les services communs au village de vacances (avec piscine couverte, une plaine de jeux intérieure, un espace petite restauration notamment) ».

Il importe de souligner que chaque maison hébergera 4 à 12 personnes dans un ensemble couvrant 35 ha, défigurant à tout jamais la magnifique forêt de Mambaye, proche de la Source de Barisart, détruisant un nombre incalculable d’insectes, de petits reptiles, de petits mammifères, de plantes, de champignons, etc.

Eh oui, de la même manière que « les petites rivières font les grands fleuves », les petites destructions font les grandes catastrophes.

Pierre-E. Defossez

Décembre 2020