Réaction de l’ASBL à l’E.I.E. (3/8)

3. L’impact sur la mobilité au centre-ville et dans les quartiers sud

a. Extraits du procès-verbal de la séance du Conseil communal de la Ville de Spa du 10 septembre 2020, au cours de laquelle le SOL « de Mambaye – Hoctaisart » a été adopté. (téléchargement sur le site de la Ville)(soulignement de notre fait)

M. Frédéric se veut rassurant. Toute une série d’instances se sont exprimées. La majorité a un immense respect pour les personnes qui se sont exprimées dans le cadre de l’enquête publique. Il faut entendre ces voix qui mettent une pression saine sur ce SOL et sur les futurs projets. Évidemment, des projets sont prévus à terme, mais ce n’est pas encore le moment. Concernant la mobilité, il concède que la rue de Barisart est un axe compliqué; elle sera au cœur des réflexions futures. Le SOL fournit une série de recommandations: des itinéraires pour éviter la voirie, des accès distincts aux zones résidentielle et touristique. Pour lui, les touristes ont une mobilité alternative, ils ne circulent pas aux mêmes horaires que les travailleurs par exemple. Il est cependant exact que la rue de Barisart ne pourra pas rester telle qu’elle est si les projets voient le jour.

(…)

M. Fagard demande quelle est l’estimation du cout (sic) des aménagements pour les Spadois. Mme Delettre répond qu’un auteur de projets sera désigné à ce sujet en 2021.

b. Deux sujets d’étonnement

Le premier point remarquable est que Madame la Bourgmestre et Monsieur l’Echevin reconnaissent implicitement qu’ils ne disposent d’aucune solution concrète pour assurer des conditions de mobilité fluides et sécurisées aux usagers (automobilistes, motocyclistes, cyclistes et piétons) de la rue de Barisart dans la perspective de la mise en œuvre du SOL. Rien, en effet, ne permet d’affirmer que l’étude annoncée par Madame Delettre va apporter des solutions satisfaisantes. Le simple fait de devoir recourir à une étude démontre la complexité du problème et/ou l’absence d’une réflexion approfondie sur le sujet à ce stade. Or, il convient de rappeler que Pluris a soumis son premier projet de SOL en mai 2018. Vingt-sept mois se sont donc écoulés sans autre initiative, d’où qu’elle ait pu venir, qu’une série de recommandations dont nous examinerons plus tard la pertinence. Et de nombreux autres mois sont à prévoir avant qu’un bureau d’études soit en mesure de déposer des conclusions sérieuses. Quel crédit accorderait-on par exemple à un comptage de véhicules qui n’aurait lieu qu’à une seule période de l’année ?

Le second, c’est l’ordre chronologique dans lequel les opérations sont envisagées :   Il est cependant exact que la rue de Barisart ne pourra pas rester telle qu’elle est si les projets voient le jour.  D’abord adopter un SOL qui ouvre la porte à la présence de quelque 1400 personnes supplémentaires (résidants ou vacanciers) dans le sud de la commune. Et ensuite commander une étude. Alors que, d’une part, pour toutes ces personnes la « collectrice (PCM 2017) » Barisart constitue la voie la plus directe et la plus large entre leur implantation et le centre de Spa et qu’il ne fait donc aucun doute qu’ils l’emprunteront dans un sens comme dans l’autre. Et d’autre part que les autorités communales ne peuvent ignorer (articles dans la presse, site internet IDM-group, réunion spontanée d’information du 22 juillet 2020), ni l’état d’avancement du projet de village de vacances, ni la capacité d’accueil proposée, ni la hâte de ses promoteurs à voir leurs souhaits aboutir. Dès lors, le passage si les projets voient le jour ne sonne pas très franc.

c. Le SOL fournit une série de recommandations

Examinons celles qui concernent l’espace public et donc la rue de Barisart! Elles sont rassemblées à la page 106 du SOL  (soulignement de notre fait) :

6.3 CIRCULATION ET DÉPLACEMENTS

Cette voirie secondaire (*) doit être sécurisée en y privilégiant les modes doux par le recours à tout dispositif ne nécessitant que des aménagements légers tels que l’inscription de bandes vélos latérales. Elle comprend au moins un accotement d’une largeur suffisante pour les piétons avec des passages piétons sécurisés et éclairés aux endroits requis.

La vitesse sera limitée à maximum 50 km/h vers le centre de Spa depuis la source de Barisart.

(*) la rue de Barisart

Cela paraît tomber sous le sens. Pourtant, nous expliquerons plus tard pourquoi ces aménagements légers tels que l’inscription de bandes vélos ou cet accotement d’une largeur suffisante posent de réels problèmes. Voire des questions insolubles.

Indications complémentaires de mise en œuvre

  • Sécuriser le carrefour entre le chemin de Mambaye et la rue de Barisart par une meilleure visibilité impliquant un arasement de la végétation située sur le bord ouest de la rue Barisart.

Reconnaissons que cette éclaircie ne peut qu’améliorer les conditions de circulation.

  • Organiser la signalisation et le géoréférencement des activités touristiques depuis le réseau principal de manière à privilégier les itinéraires minimisant la traversée du centre de Spa et des quartiers résidentiels proches du site, dont tout particulièrement le trafic en provenance du réseau autoroutier ou des pôles touristiques au sud de Spa, en privilégiant l’accès par la N62 et le Chemin des Fontaines.

Ceci par contre nous paraît s’apparenter à une vue de l’esprit, pour plusieurs raisons :

  • La quasi-totalité de la clientèle espérée emprunterait l’autoroute via Verviers. Arrivé à la bretelle de sortie de Tiège, le conducteur devrait choisir. Sortir à Tiège et il lui resterait 8,675 km à parcourir pour atteindre sa destination. Sortir à Francorchamps, comme préconisé, et dans ce cas 18,750 km avant l’entrée du village de vacances. Le bon sens, et les conseils du GPS devraient amener la plupart des clients à sortir à Tiège et donc… à traverser Spa.
  • N’est-il d’ailleurs pas surprenant qu’un projet qui met en évidence dans sa communication le respect de l’environnement néglige de tenir compte de l’impact carbone que ces détours ne manqueraient pas de provoquer ?
  • La direction de Spa Monopole, très vigilante quant aux risques de pollution dans ce secteur, apprécierait-elle ce surcroît de fréquentation automobile sur le chemin des Fontaines et la route de Barisart ?
  • En admettant que l’un ou l’autre vacancier atteigne le village de vacances via le Chemin des Fontaines, comment imaginer, sauf mauvaise foi, qu’il choisisse d’emprunter la même route en sens inverse pour se rendre au centre de la ville ?

Géoréférencement ou pas, le centre-ville et la rue de Barisart devront absorber un flot(*) de véhicules auquel ni l’un ni l’autre ne sont préparés.

(*) Lors de la RIP, nous avons pu lire que les promoteurs prévoyaient 275 places de parking sur le site de leur village de vacances.

  • Cette liaison est aménagée de manière simple et durable dans une conception d’ensemble paysagère et comprend au moins un accotement d’une largeur suffisante pour les piétons.

Rien de très significatif !

Sauf erreur de notre part, ces quelques lignes sont les seules recommandations présentées par le SOL. Mais la « déclaration environnementale » lui vient en renfort.

d. Des informations complémentaires dans la « déclaration environnementale »

Cette « déclaration environnementale » adoptée par le Conseil communal en même temps que le SOL est censée apporter des réponses officielles au questionnement des citoyens formulé dans le cadre tout aussi officiel de « l’enquête préliminaire ». Comme le SOL, elle est l’œuvre du Bureau Pluris. Voici ce qu’on peut y lire sur le sujet « mobilité » dans l’espace public (soulignement de notre fait) :

Page 10 : Le SOL recommande que la rue de Barisart soit sécurisée pour les modes doux et comprendre (sic) au moins un accotement d’une largeur suffisante pour les piétons avec des passages piétons sécurisés et éclairés aux endroits requis.

Les EIE qui accompagneront les phases ultérieures de mise en oeuvre de chacune des parties du SOL vérifieront comment les orientations du SOL ont été prises en compte et émettront le cas échéant les recommandations nécessaires.

  • Modes doux, entendez piétons et cyclistes. Depuis longtemps, les promoteurs se disent persuadés que les vacanciers choisiront de se déplacer à pied ou à vélo entre leur location et le centre de la ville. Nous ne partageons pas leur optimisme. Mais il est vrai que si cette hypothèse se vérifiait, elle allègerait considérablement l’impact des flux de vacanciers sur la mobilité du sud et du centre de Spa. 
  • Largeur suffisante  ne signifie rien au regard du CoDT.

Page 9 : Le site correspond parfaitement au territoire de la « ville à vélo », dans la mesure où les différentes fonctions du centre sont accessibles à moins de 7 à 15 minutes à vélo, soit de 1,5 à 3 kms du centre urbain. La météo n’est en outre pas un obstacle à l’usage du vélo, dans la mesure où il ne pleut que 4% du temps et la probabilité d’essuyer une averse dans les 10 minutes est à peine de 1%.

Et voici donc quantité de nos vacanciers, de tous âges, convertis au vélo et en toutes saisons, s’il vous plaît ! D’autant que la précision suivante est apportée :

Page 9 : Le contexte géographique spadois n’est désormais plus un frein à l’usage du vélo depuis l’apparition du vélo électrique qui représente la majorité des ventes.

Petit bémol à l’argumentation de Pluris. Dans le PV de la RIP des promoteurs du village de vacances, nous lisons : Nous voulons répondre à toutes les générations de bébé à papy.

Or, production et à fortiori vente de vélos à assistance électrique destinés aux enfants sont insignifiantes. Et le dénivelé positif entre le centre-ville et le village de vacances est tel qu’un enfant pédalant sans assistance électrique risque fort de ne pas trouver l’exercice ni à sa  mesure ni à son goût.

Page 13 : La rue de Barisart est une des radiales structurant le réseau viaire de part et d’autre de la N62. Le Plan Communal de Mobilité de Spa a été révisé et adopté par le Conseil communal en sa séance du 23 mai 2017 avec des données de trafic limitées à la N62 vu les faibles charges de trafic empruntant les radiales.

La rue de Barisart est la radiale la moins empruntée de toutes les radiales convergeant vers le centre de Spa avec 1.800 evp/jour (Equivalent Voiture Particulière) dans les deux sens au lieu de 2.400 à 3.400 evp/jour pour les autres radiales.

Voici qui rassurerait sur la densité de circulation de la rue de Barisart et le sérieux de l’étude Pluris.

Mais ce qu’oublie de préciser Pluris, c’est que l’étude qui fait état de 1800 evp/jour a été réalisée par Transitec en… 2000 !

Or, premièrement, le parc automobile, et par conséquent la densité de circulation ont évidemment beaucoup évolué depuis 2000.

  • Voitures particulières (cfr ci-dessus) : + 26%
  • Véhicules utilitaires : en 2005, 508 450 (SPF Mobilité et Transports); en 2020, 910.356 (Statbel). + 79 %. Ces véhicules, camionnettes de chantiers, véhicules de livraisons, etc… circulent toute la journée d’une tâche à l’autre.
  • Motos : en 2020, 507 996 (Statbel)

Deuxièmement, le plan communal de mobilité adopté en 2017 a radicalement changé le comportement des usagers venant de Theux, Remouchamps, ou même de la zone commerciale de l’avenue Reine Astrid et cherchant à rejoindre le sud de Spa. En effet, la plupart d’entre eux, voulant éviter les embarras du centre-ville, et n’étant plus autorisés à remonter la rue Alphonse Jacques, empruntent la route industrielle de Spa Monopole, l’avenue des Lanciers, l’avenue Professeur Henrijean et le chemin de Bahychamps pour déboucher dans la rue de Barisart.

L’association de ces deux observations rend évidemment obsolète la conclusion de la page 13 :

La rue de Barisart est la radiale la moins empruntée de toutes les radiales convergeant vers le centre de Spa avec 1.800 evp/jour (Equivalent Voiture Particulière) dans les deux sens au lieu de 2.400 à 3.400 evp/jour pour les autres radiales(*). Ces charges de trafic sont très largement en deçà des charges relevées au centre urbain pouvant atteindre 16.000 evp/jour, dont une partie est générée par les courts trajets de véhicules à la recherche d’une place de stationnement.

Notez une fois de plus la rigueur toute scientifique de Pluris : 1 800 evp/jour date de 2000 (Transitec), tandis que  16.000 evp/jours date de mai 2017 (PCM Transitec).

(*)

PCM 2017 Transitec page 13 : Les nombreuses radiales des côteaux Sud écoulent plus de 7500 uv/jo, au total.

7500 pour Transitec en 2017, de 4200 à 5200 pris en compte pour le SOL par Pluris en 2020. Cherchez l’erreur.

Fin de la troisième partie